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Privé1Salut bien!


A l’heure où Dennis Lehanne nous convie aux retrouvailles de Patrick et Angela, coup de projecteur sur le statut du privé en France.

 

Le bac approche, révisons: l'enquêteur privé est une excroissance du libéralisme économique, électron libre sociétal, tandis que le flic est un fonctionnaire formaté pour maintenir l'ordre établi. D'où la déferlante du privé en terres étasuniennes et son faible écho en nos contrées, farouchement adeptes d'un état providence. CQFD: la stature d'un Maigret domine le paysage littéraire policier français, tandis qu'aux USA, ce sont celles de Sam Spade et Philip Marlowe (euh, avec une approche aussi schématique, pas sûr que j'obtienne la moyenne...).

Bien sûr, il y eut Nestor Burma, ce qui nous ramène quand même au milieu du siècle dernier. Plus proche de nous, Eugène Tarpon, Louise Morvan, Slimane Rahali (et son chien Bogart!), et puis qui?... Du haut de ses tentacules, le Poulpe ricanera sûrement de cette foire aux étiquettes. N'empêche, lui aussi enquête sans chaussures à clous... C’est en BD que l’on trouve la plus évidente représentation actuelle du privé made in France (et en solex), avec l'ami Jérome Bloche.

Autant d'arbres cachant la forêt d'auteurs francophones ayant osé s'attaquer au Mythe. Efforts probants parfois. Ainsi ceux de Dominique Edler, dont "Un privé en Champagne" vient de paraître aux éditions Le Pythagore.

Didier Rouque, ex-flic, débarque dans une bourgade champenoise où a disparu une jeune femme qu'il se doit de retrouver. C'est la saison des vendanges, et dans le sillage de Rouque, l'effervescence du lieu et du moment va s'exacerber de morts violentes... Sur une trame ultra classique, Dominique Edler déroule une partition personnelle qui suscite pleinement l'intérêt.

En situant son roman dans un contexte qu'il connaît manifestement bien (et, pour ne rien vous cacher, moi aussi), l'auteur trouve une authenticité de ton qui accroche d'emblée. Comme, de surcroît, il a parfaitement amalgamé les codes du "hard-boiled", les péripéties dans lesquelles il plonge son privé se révèlent plus que convaincantes. Autre tour de force pour un premier roman, Dominique Edler n'est pas avare de rebondissements, se payant le luxe, comme un vrai pro, d'entremêler plusieurs intrigues. Le tout avec rythme, aisance et clarté. Il faut dire qu'il y a chez lui un évident plaisir d'écrire, communicatif en diable: qui ouvre le roman se trouve happé par un style direct et sans fioritures, au service d'une histoire dont on veut fatalement connaître le fin mot (ou le mot "fin")...

A certains moments, la lecture de "Un privé en Champagne" m'a renvoyé à celle, déjà lointaine, de David Morgon (nom de l'auteur et de son privé lyonnais, publié au "Fleuve Noir Spécial Police" de la grande époque). Car voilà une autre grande qualité du livre de Dominique Edler: faire rimer littérature policière avec roman populaire. Pas si fréquent à bien regarder les étaux de nos libraires préférés...[1]

On pourrait regretter des méchants caricaturaux (mais n'est-ce pas une des règles du roman populaire?), un héros au charisme à affirmer (mais l'auteur, par petites touches, commence à nous révéler ses failles, l'empathie pointe...), et un dialogue (art subtil et délicat comme chacun sait) surabondant dans certaines scènes. Broutilles au final: dès son premier roman, Dominique Edler rejoint le cercle des romanciers français ayant réussi à camper un privé crédible, pour la plus grande et simple satisfaction de lecteurs avides de plaisirs roboratifs.

Saluons le travail du Pythagore, éditeur régional qui pallie ici courageusement aux carences ou disparitions de maisons d'édition parisiennes (derechef, une larme émue pour le défunt Fleuve Noir Spécial Police). C'est le 3éme polar à son catalogue, après "Champagne rouge garance" de Jean-François Maillet et "Meurtre en Champagne" de Patricia Osganian, ce dernier titre parrainé par Dominique Manotti.[2]

David Morgon[3] a connu plus de 30 aventures. Souhaitons un destin pareillement fructueux au privé de Dominique Edler. Au début du roman, Rouque débarque sur un quai de gare. C'est de là qu'il nous entraîne, consentants, dans les méandres de son enquête. Dans la dernière phrase, sur le même quai, il monte dans un autre train, comme pour nous convier vers d'autres horizons aventureux...

Chiche!
  
 Bonne suite

 Serge 31

 
 
 



[1] Belle occasion de mettre un lien vers le blog de Claude Le N., pour sa récente superbe chronique (c'est sûr, lui, il aurait la moyenne...) sur le roman populaire: http://action-suspense.over-blog.com/article-le-polar-de-1950-a-1980-des-romans-populaires-75937861.html

[2] Pour mieux connaître Le Pythagore: http://www.lepythagore.com/index.html

[3] Au sujet de David Morgon: http://polartregor.blogspot.com/2009/03/blog-post.html

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