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VENDREDI 16 NOVEMBRE 2012

Dominique Edler: le meurtre est son hobby

 

PORTRAIT                                                                   

ITINÉRAIRE: Ancien cadre administratif du Champagne Dominique Gauthier, l’Aubois Dominique Edler est devenu une nouvelle plume du roman policier, auteur notamment d’"Un privé en Champagne".

 

Signé Edler

"Ses jambes lui faisaient mal, son coeur battait à tout rompre, ses poumons étaient en feu, il courait depuis des heures, lui semblait-il. Maintes fois, il eut envie de s’arrêter, de s’allonger à même le sol pour laisser reposer son corps fragilisé par les drogues, affaibli par les privations, meurtri par les multiples chutes de cette nuit, mais c’eût été une folie, les autres étaient à ses trousses, il en était sûr. Ils avaient très certainement découvert sa disparition et s’étaient déjà mis en chasse…"

C’est ainsi que commence "Un privé en Champagne", le polar de Dominique Edler, publié en 2011 par l’éditeur champenois "Le Pythagore".

Au contraire de certains de ses maîtres du roman noir, comme Ross Macdonald, Dashiell Hammet ou Chester Himes, Dominique Edler n’a pas eu une jeunesse marquée par la violence ou le gangstérisme. Élevé à Bar-sur-Aube, le jeune homme vit une enfance tranquille. Son père, contremaître chez un fabricant de meubles, lui fait partager sa passion du livre et du cinéma de genre. Dominique dévore d’abord Arsène Lupin ou Sherlock Holmes, puis il découvre le roman noir et le cinéma américain. Son goût pour la culture populaire nord-américaine s’élargit à la musique puisqu’il forme un groupe de rock ’n’ roll blues avec les copains, en jouant de l’harmonica et du piano.

2012.09.09
Dominique Edler, un romancier aux multiples passions.

 

150 nouvelles

"Le sentier forestier mal entretenu l’amena jusqu’à la route. Au moins, il ne risquait plus de se tordre une cheville à cause d’une pierre tombée du talus, d’une branche morte ou d’une ornière dissimulée par les herbes folles. Peut-être même aurait-il la chance de croiser une voiture ou un engin agricole, quoiqu’à cette heure de la nuit…"

À 17 ans, Dominique Edler écrit ses premières nouvelles qui paraissent dans "L’Est Eclair" et "Libération Champagne". C’est le début d’un itinéraire d’écriture, 150 nouvelles qu’il compile au fil des années, pour son plaisir et pour celui de ses amis. Car Dominique n’écrit ni pour la gloire, ni pour l’argent.

"C’est peut-être par facilité, explique le romancier, mais je n’ai jamais entrepris la démarche de me faire éditer. Au grand découragement de mes amis…

De toute façon, je ne suis pas un auteur, mais un raconteur d’histoires. Je développais des récits de dix à quinze pages, un système qui m’allait très bien puisqu’une nouvelle peut s’écrire d’un trait, contrairement au roman."

Dominique voyage à travers ses propres textes et à travers les rencontres de la vie. Pendant presque vingt ans, il donne des cours de français aux réfugiés politiques étrangers, à l’association ASFO 10. C’est le temps des boat people, des transfuges de l’Est, des opprimés africains... Tous ces gens venus des quatre coins du monde lui racontent leurs histoires, vraies ou fausses, mais forcément tragiques et émouvantes.

"Les gens vous transmettent leur version personnelle des événements, ils se présentent comme les gentils, victimes de persécutions commises par les méchants. Mais je me rendais bien compte que ce n’était pas toujours aussi simple, il y avait même parfois quelques méchants qui se dissimulaient parmi les gentils, comme ce Laotien, une prétendue victime du régime communiste qui s’est avéré être un braqueur de banque."

 

Point à la vigne

"Sur la chaussée, sa course devenait plus régulière et plus souple, lorsqu’il était "chez lui", il lui arrivait de pratiquer le jogging avec des copains et les vieux automatismes revenaient peu à peu, calant sa respiration au rythme de ses foulées. La petite départementale descendait en pente douce, sinuant entre les vignobles et les forêts de feuillus. Au détour d’un virage, il aperçut les lumières d’une petite agglomération. Sauvé…

À 48 ans, Dominique Edler doit se recycler, suite aux problèmes financiers de son employeur ASFO 10. Il suit alors une formation en tourisme, son ami viticulteur Dominique Gauthier souhaitant l’embaucher pour animer un futur musée de la vigne à Bar-sur-Aube.

"Mais le projet n’a pu se faire, faute de crédit. J’ai travaillé à la radio animant des programmes sur le blues et le jazz. Et j’étais saisonnier pour le Champagne Gauthier où je m’occupais de la gestion administrative et informatique des vendanges puisqu’il y avait quand même 150 comptes à suivre pour le centre de pressurage."

Le côté touche à tout de Dominique Edler lui permet toujours de rebondir. Grâce à sa maîtrise de l’informatique, il devient, en 2004, un salarié permanent du centre de pressurage, en charge de la gestion administrative. Il y reste jusqu’à sa retraite en 2012.

 

Le roman

"Les étoiles pâlissaient à l’horizon, annonçant l’imminence de la levée du jour. Il ne se trouvait plus qu’à quelques centaines de mètres de l’entrée du village. Il reprit courage et voulut allonger sa foulée, erreur qui faillit lui être fatale. Ses forces le trahirent soudainement, tout se mit à tourner autour de lui. Pas maintenant… Tenir encore un peu…"

C’est à partir de 2004 que notre novéliste se lance dans le roman. Car les nouvelles intéressent peu les éditeurs: pour être publié, il faut de la matière, des récits consistants qui se déroulent sur plus d’une centaine de pages. Dominique Edler écrit ainsi 6 romans, lorsque le patron de la librairie Pythagore à Chaumont, également éditeur, lui annonce lancer la publication d’une série de romans policiers.

"Je lui ai dit que j’écrivais des polars et je lui ai apporté mes 3 premiers livres. Et très vite il m’a dit: "On signe le contrat, c’est exactement ce que je cherche". Le seul souci, c’est que je voulais déplacer mon détective dans toute la France. Certes, mon premier livre se passait dans le milieu du champagne, mais les suivants se déroulaient dans d’autres régions. Il a fallu m’adapter pour mon éditeur, qui a un rayonnement régional, et j’ai replacé les histoires, au moins pour partie, en Champagne-Ardenne".

Dans le milieu difficile de l’édition, le petit succès de notre auteur détonne: "Un privé en Champagne", désormais épuisé, est prévu pour une réédition et un nouveau livre est prévu pour le début de l’année prochaine. Notre écrivain champenois a-t-il sa place dans une littérature policière désormais dominée par les Scandinaves?

"Personnellement, je n’accroche pas à ces romans du Nord, ces récits de 600 pages qui prétendent creuser la psychologie des personnages. Je préfère offrir de la littérature populaire bien écrite, dans le style des auteurs américains des années 1950. Mon but est avant tout que les gens passent un bon moment en lisant mes livres. Rien ne me fait plus plaisir. »


Hugues Fourment

Biographe des entreprises

et des particuliers

Tél : 06 72 11 45 86

 

Dominique Edler en images...

 

  Privé1

Ses sources d’inspiration

«Je m’inspire des détectives

des années 1950, comme Lew Harper ou Lemmy Caution, ces « hard boiled » ou durs à cuire du roman noir. Ils se retrouvent transposés en Champagne face à nos problématiques locales, comme celui des nouvelles

aires d’appellation.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une passion musicale

«La musique est une autre grande passion de ma vie.

J’ai joué dans un groupe et j’ai aussi, pendant plusieurs

années, animé des soirées piano-bar.»

 

 

 

D.R.

D.R.

 

 

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